Accueil > Apprentissage > Apprentissage - L'essentiel > Le nouveau mode de financement de l’apprentissage inquiète les centres de formation d’apprentis

Le nouveau mode de financement de l’apprentissage inquiète les centres de formation d’apprentis

Libéralisation de l’offre de formation et nouveau mode de financement : les points clés de la réforme de l’apprentissage vont conduire les centres de formation d’apprentis (CFA) à se réinventer. Risques ou opportunités ? À ce stade de nombreuses inconnues demeurent comme en témoignent les acteurs de l’apprentissage venus débattre lors de tables-rondes organisées, mercredi 23 octobre, par l’Association nationale des apprentis de France (Anaf).

Dans l’attente de la publication du décret portant sur les modalités de prise en charge des formations d’apprentis, le financement des CFA suscite de nombreuses questions. Quelles seront exactement les dépenses prises en compte ? Frais pédagogiques, certes mais qu’en sera-t-il des frais liés au suivi des apprentis et aux relations avec les entreprises ?. « Les CFA seront-ils en mesure de maintenir le même niveau d’accompagnement des apprentis ? », s’interroge Manuèle Lemaire, directrice du Campus Véolia et vice-présidente de l’Association des directeurs de CFA d’Île-de-France. Autre point de vigilance, selon Dominique Ravon, président de l’Union nationale des Maisons familiales rurales : la prise en compte des frais périphériques – hébergement, transport, etc. –, et des investissements réalisés par les CFA.

Risque de coup d’arrêt

Pour Patrice Guézou, directeur emploi et formation de CCI France, une prise en charge inférieure aux coûts réels obligerait les CFA à aller chercher des fonds supplémentaires. Une situation qu’il faut selon lui éviter sous peine de porter un coup d’arrêt au développement de l’apprentissage.

Le nouveau mode de financement suscite aussi des inquiétudes du côté des CFA non rattachés à des branches professionnelles ou des CFA qui préparent à des métiers relevant de plusieurs branches. « Il y aurait alors des coûts au contrat différents selon la branche de rattachement », précise Manuèle Lemaire. D’autre part, les apprentis faisant face à des problèmes de transport, de logement ou autres peuvent aujourd’hui trouver des solutions auprès des Régions. Cet accompagnement sera-t-il toujours d’actualité demain ?. Sophie Dubois, directrice apprentissage de la Région Hauts-de-France confirme sa volonté de « maintenir l’effort régional en matière d’aide aux apprentis ». Reste à voir si toutes collectivités auront la même approche.

Impact sur les équipes

« Qui dit coût au contrat, dit optimisation des coûts », estime de son côté, David Fabre, directeur de BTP CFA à Brétigny-sur-Orge qui craint que certaines formations préparant à des métiers très pointus ne soient plus finançables faute d’effectif suffisant, avec les risques que cela représente en termes de ressources humaines. Une des solutions selon lui, serait de « développer la formation continue de façon conséquente ».

Coût au contrat, capacité à accueillir des apprentis tout au long de l’année en tenant compte de leurs acquis, ouverture du marché à la concurrence, innovation pédagogique : la réforme aura des répercussions à tous les niveaux. Les CFA risquent d’avoir, selon David Fabre, à revoir leurs pratiques pédagogiques, à redimensionner leurs équipes, à s’inscrire dans une démarche commerciale ce que certains n’avaient pas l’habitude de faire.

La réforme fait bouger les lignes, interroge les CFA mais offre aussi des opportunités, selon Manuèle Lemaire, « c’est le moment de repenser nos approches pédagogiques, d’intégrer davantage le digital et de dynamiser nos équipes  ». In fine, les CFA pourront faire évoluer leurs formations plus rapidement et seront en mesure de mieux répondre aux besoins des entreprises. Mais la période de transition s’annonce délicate.

Partager cet article