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Les Compagnons du Devoir en ordre de marche pour saisir les opportunités de la réforme

Les Compagnons du Devoir occupent une place à part dans l’écosystème de la formation professionnelle. Héritière d’une tradition millénaire, l’association ouvrière a su adapter ses parcours et s’apprête aujourd’hui à changer d’échelle, affichant l’objectif de doubler le nombre d’apprentis d’ici 2020.

Depuis un an, les équipes de l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France se préparent à la mise en œuvre d’une réforme qui semble taillée sur mesure pour cette association créée en 1941 mais inscrite dans la vieille tradition du compagnonnage. Les héritiers des bâtisseurs de cathédrales ont déjà un pied dans le « nouveau monde ». « Nous serons prêts à lancer de nouvelles sessions de formation en apprentissage dès le printemps 2019 », annonce Jean-Claude Bellanger, son secrétaire général.

Doubler le nombre d’apprentis d’ici 2022

En libéralisant le marché de l’apprentissage et en introduisant le financement au contrat, la loi du 5 septembre 2018 a donné des ailes aux Compagnons. Pragmatiques, ils ne laissent rien au hasard pour développer massivement l’apprentissage sur la trentaine de métiers couverts par le réseau. « Nous voulons doubler le nombre d’apprentis d’ici 2022. Pour cela, nous avons lancé une étude de marché sur tout le territoire afin d’identifier les besoins en compétences et définir un plan de développement sur cinq ans. Nous espérons que le coût au contrat intégrera les coûts de fonctionnement, de transport, de restauration, de mobilité et d’accompagnement personnalisé des jeunes », explique Jean-Claude Bellanger.

Experts en conduite du changement

Dans chaque Région, les nouvelles actions de formation cibleront les métiers en tension, comme, en Provence, celui de couvreur. Sur le nouveau modèle économique de l’apprentissage né du mécanisme du « coût contrat », les CFA des Compagnons du Devoir ont, là aussi, une longueur d’avance. Unique acteur indépendant à disposer du statut d’Octa (organisme collecteur de la taxe d’apprentissage), l’association a adopté une culture commerciale et d’optimisation des ressources. Des atouts déterminants sur un marché désormais ouvert à la concurrence.

Le plateau de Reims abrite une équipe d’une trentaine de personnes entièrement dédiées aux relations avec les entreprises. Habitués à s’adapter, les Compagnons savent qu’il faut investir dans la formation de son management composé d’une douzaine de délégués régionaux et des directeurs de CFA. « Depuis plus d’un an, précise le secrétaire général, nous organisons des séminaires avec nos délégués régionaux à raison d’une journée toutes les six semaines. Nous avons travaillé en amont sur les grands axes de la réforme et fait des propositions. C’est une bonne manière de se l’approprier. » Il s’agit surtout d’informer le réseau des étapes-clés de la mise en œuvre et de développer les compétences de conduite du changement.

Le choix des certifications

Tradition chevillée au corps, l’association ouvrière n’a jamais eu peur de l’innovation. En soixante-dix ans, elle a construit de véritables filières d’apprentissage et initié de nouvelles approches pédagogiques. Ce positionnement, fruit de choix stratégiques décidés entre 2008 et 2014, en fait aujourd’hui un acteur bien armé pour cette réforme.

En 2008, le conseil d’orientation des Compagnons du Devoir, composé des élus des provinces et des élus des métiers, décidait d’élargir les parcours pour proposer des formations du certificat d’aptitude professionnelle (CAP) à la licence professionnelle. Développé avec le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), ce cursus valide notamment les expériences acquises lors du Tour de France par un BTS.

En 2014, les Compagnons du Devoir choisissaient la certification Iso 9001 pour organiser leur démarche qualité. « L’engagement sur cette certification exigeante nous a apporté de la rigueur, de l’exigence et de l’efficience », affirme Jean-Claude Bellanger. Enfin, autre axe majeur de la réforme sur lequel les Compagnons se sont déjà engagés : l’innovation pédagogique et la digitalisation.

Soudés autour de valeurs communes

L’association a ainsi mis en place des classes inversées dans ses CFA (notre article). « Nous accueillons de plus en plus de jeunes en situation de décrochage pour qui l’expérience de l’apprentissage théorique a été compliquée », confirme Jean-Claude Bellanger. Dans cette approche pédagogique, l’entreprise est placée au centre de la formation et le formateur s’y déplace une journée par mois pour accompagner le jeune et sécuriser son parcours. Les outils de e-learning complètent le dispositif.

En 2018, 150 jeunes auront bénéficié de cette nouvelle formule amenée à se déployer dans les années à venir. Apolitiques, pragmatiques et portés par une communauté soudée autour de valeurs communes, les Compagnons du Devoir restent inclassables. Cette neutralité facilite les partenariats avec tout le monde. La banque d’affaires JP Morgan participe au financement de nouveaux outils de réalité virtuelle.

Demain, l’association proposera des prestations aux grandes entreprises désireuses de créer leur CFA ou travaillera avec des structures d’accueil de jeunes décrocheurs pour les intégrer dans leurs sessions d’apprentissage. Une liberté qui fait la force des Compagnons – et qu’ils préservent jalousement.

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