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« La formation d’une entreprise n’est pas égale à la somme des formations demandées par ses salariés » (Jean-Paul Charlez, ANDRH)

Président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), Jean-Paul Charlez exprime ses motifs de satisfaction à quelques jours de l’adoption de la réforme de la formation. Sans oublier quelques points de vigilance…

Le Quotidien de la formation – Votre sondage publié fin janvier montrait une attente forte de simplification des dispositifs. Le texte de loi qui va être discuté répond-il à vos attentes ?

Jean-Paul Charlez – Il y a beaucoup de points positifs dans cette réforme et quelques points de vigilance. Le premier, c’est que le plan de formation – qui va devenir plan de développement des compétences – passe à la trappe. Au départ, la contribution de 1,63 % conservait une partie (0,9 %) pour le plan de formation. Ce n’est plus le cas. Ma crainte, c’est que les actions de formation destinées aux salariés de l’entreprise, pour le maintien de leur compétence ou le développement de leur employabilité, soient oubliées. Ensuite, il y a beaucoup de nouveaux opérateurs : les opérateurs de compétences issus des Opca, les branches qui vont avoir un rôle nouveau, France Compétences, clé de voûte du dispositif. L’esprit qui a présidé à la réforme – simplification, mobilisation de tous –, tout cela est très bien. Il faut voir comment cette énième réforme va se mettre en place. Enfin, n’oublions pas que le premier conseil en évolution professionnelle, c’est le DRH et qu’il ne faut pas négliger les actions de formation réalisées en entreprise.

QDF – Les branches reprennent en main le dispositif de l’alternance, ce que vous souhaitiez. Si vous pouviez aller un peu loin, que proposeriez-vous ?

J.-P. C. – Nous sommes globalement satisfaits de ce qui s’est fait sur l’alternance. Nous aurions souhaité regrouper le contrat de professionnalisation et celui d’apprentissage. Ce qui compte pour nous, c’est la personne et la formation, pas la nature juridique du contrat. L’alternance progresse en France de façon très sensible, c’est une très bonne chose pour tout le monde. Les mesures prises, sur l’âge des personnes, etc., vont dans le bon sens. Accueillir des alternants, former les tuteurs, être en relation avec les établissements, gérer les horaires, etc., cela fait partie du rôle citoyen des entreprises. Et c’est un bon calcul d’avoir des alternants qui peuvent ensuite être embauchés.

QDF – Le CPF a été fusionné avec le CIF comme vous l’aviez souhaité. Mais vous craignez que le tout-CPF creuse des inégalités. Pourriez-vous préciser ce point ?

J.-P. C. – Notre sondage a montré que très peu de nos adhérents souhaitaient le maintien des dispositifs mis en place. Le CPF ressort d’un principe généreux – le salarié est un citoyen responsable de son employabilité –, ce n’est pas discutable, mais ça ne se passe pas comme ça : tous les salariés ne sont pas en mesure de prendre cette responsabilité-là, le système est complexe, et surtout nous ne sommes pas convaincus que la formation d’une entreprise est égale à la somme des formations demandées par ses salariés. Par ailleurs, les personnes qui ont le plus facilement accès au CPF ne sont pas nécessairement celles qui en ont le plus besoin, au-delà de la cohérence avec les besoins des entreprises.

L’ANDRH organise son Université, les 14 et 15 juin à Toulouse, sur le thème de la transformation.

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