Interview

« Nous sommes attendus sur la politique de l’emploi des jeunes » (Joël Ruiz, directeur général d’Agefos-PME)

Le Quotidien de la formation : Quelle est, selon vous, la philosophie de cette nouvelle réforme ?

Joël Ruiz : Elle marque l’aboutissement d’une tendance amorcée en 2009, date à laquelle les fonds de la formation professionnelle ont été de plus en plus réorientés vers les demandeurs d’emploi et l’insertion des jeunes. La ligne d’horizon de cette nouvelle réforme est tournée vers l’emploi. Nous sommes donc attendus sur la politique de l’emploi des jeunes. À Agefos-PME, nous avons estimé que, dans un an, nos actions d’accompagnement sur ce champ représenteraient plus de 60 % de notre activité. L’alternance deviendra notre épicentre. Aujourd’hui, nous mettons en œuvre plus de 40 000 contrats de professionnalisation. Avec la réforme de l’apprentissage, nous pourrions administrer 100 000 contrats d’alternance. Vis-à-vis des entreprises, le seuil de moins de 50 salariés retenu crée un vide pour le financement mutualisé de la formation des salariés des entreprises de taille intermédiaire. C’est un maillon faible dans la réforme. Nous envisageons des dispositifs volontaires ou négociés au sein des branches. Dans tous les cas, notre capacité à délivrer des services de proximité en phase avec les besoins des territoires sera primordiale.

QDF : Quelles sont les nouvelles compétences à développer pour devenir un opérateur de compétences ?

J. R : Nous avons identifié trois niveaux de compétences nécessaires si l’on veut remplir nos nouvelles missions. Nous aurons besoin de renforcer notre expertise en ingénierie de certification afin de soutenir les branches. Le nécessaire et stratégique chantier de prospective des métiers et des compétences exigera un véritable savoir-faire dans la gestion des data et l’analyse statistique. Les observatoires joueront, en effet, un rôle déterminant dans l’élaboration de plans d’actions adaptés. Sur le terrain, nos 85 implantations locales devront développer des services de proximité sur de nouveaux champs. Nos équipes devront être capables de travailler en étroite collaboration avec les partenaires de l’emploi et les acteurs du territoire pour concevoir et mettre en œuvre des dispositifs innovants. Enfin, il faudra renforcer nos services notamment sur le sujet de l’alternance et dans l’accompagnement des plus petites dans la gestion de leurs compétences.

QDF : Comment comprenez-vous la logique de rapprochement des Opca ?

J. R : On le voit bien, la restructuration des branches est un sujet complexe car il ne couvre pas uniquement le champ de la formation. C’est un chantier qui devrait prendre un peu de temps. En revanche, la feuille de route du gouvernement indique clairement la volonté de disposer d’opérateurs de compétences efficaces dont le champ d’action répond à une cohérence économique. On parle d’une logique sectorielle autour des métiers et des emplois ou encore d’une logique de filière économique structurée autour d’une activité. On peut aussi imaginer combiner ces deux approches au sein des Opca. L’idée d’écosystème économique est intéressante.

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