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Réforme formation : d’un marché régulé à de nouveaux marchés ayant leur propre logique (Afref)

Au lieu d’un marché régulé paritairement, la loi pour « la liberté de choisir son avenir professionnel » en discussion à l’Assemblée, fait émerger cinq marchés de la formation, selon Marc Dennery, directeur associé de C-Campus 1 Lors de la matinée de l’Afref 2 du 31 mai, consacrée à « l’esprit des lois », il a esquissé un paysage possiblement mouvant, exigeant un positionnement des organismes de formation.

Cinq marchés

Le premier marché est celui du compte personnel de formation, estimé à 1,3 milliards d’euros (contre les 13 milliards versés par les entreprises). Un « marché low cost », qui présente le risque d’une concentration sur des certifications courtes. « Ce sera 1-2-3 Bulats 3, 1-2-3 habilitation électrique » a-t-il ironisé, avec le CPF monétisé.

Le second, celui de la co-construction grâce aux abondements, reste plus difficile à appréhender : le salarié, la branche ou l’entreprise peuvent abonder le CPF, mais Marc Dennery se dit sceptique. Certaines branches n’ont aucune culture de l’abondement et d’autres préféreront peut-être créer leur propre dispositif, ressuscitant « le capital temps formation des années 90 pour financer du plan ».

Le troisième marché, celui des TPE (- 50 salariés) est estimé à 1 milliard d’euros avec le doublement annoncé de la fongibilité asymétrique, la mutualisation des fonds versées par les grandes entreprises au bénéfice des petites. Est-il de l’intérêt des organismes de formation de se positionner sur ce marché, face à celui du CPF, dans la mesure où la formation dans les TPE ne dépend pas des fonds, mais plutôt de la gestion de l’absence des salariés ? Reste à inventer des solutions, notamment la formation en situation de travail : « les opérateurs de compétences devront être malins », analyse-t-il.

Le quatrième marché, estimé à 5 milliards d’euros est celui des entreprises, avec l’ancien plan de formation, qui devient un « marché libre ». Enfin, le cinquième marché, également estimé à 5 milliards d’euros, englobe l’apprentissage, l’alternance, la préparation opérationnelle à l’emploi (POEC), et le plan d’investissement dans les compétences (Pic).

Quid de l’accompagnement ?

Shany Taix, délégué général des Centres interinstitutionnels de bilan de compétences (CIBC), a rappelé que l’accompagnement prenait une place plus importante dans la loi, avec un financement dédié au conseil en évolution professionnelle (CEP). Un cahier des charges national devrait être publié pour lever les questions : quels opérateurs et surtout quel accompagnement avec un budget de 270 euros par personne quand un million devraient être accompagnées par an ? Le risque est de voir des « stratégies d’arbitrage » en défaveur du bilan de compétences. Pour Shany Taix « le rendez-vous a été raté, on pouvait repenser le système de l’accompagnement au sens large, avec une plus grande individualisation ».

En préambule, René Bagorski, président de l’Afref a exposé l’évolution des lois sur la formation depuis les concepts de Condorcet – l’instruction nationale – à la loi de 2003 qui fait disparaître l’éducation permanente au profit d’un enjeu économique, jusqu’à la consécration actuelle de l’individualisation de la formation (lire son billet). Ce qui permet à Bernard Liétard, professeur émérite au Cnam, de conclure en questionnant la place du « je » dans les « jeux » de la formation.

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